Je regarde, mais ne vois rien

Je regarde, mais je ne vois rien...

Depuis je ne sais plus combien d'années, j'observe ma vie sous tous ses angles, sous toutes ses coutures. Je regarde attentivement ce qui m'entoure, mais j'ai souvent l'impression que les images qui défilent devant moi ne m'appartiennent pas vraiment. Comme si elles passaient sans réussir à me rejoindre.

Et puis, la photographie m'a sauvé.

Je ne suis pas photographe. Loin de là. Pourtant, lorsque je capture une scène, quelque chose se révèle enfin. Une vérité que je n'arrive pas toujours à percevoir dans l'instant.

Une photo de moi. Une vieille église. Un repas préparé avec soin. Ces images éveillent en moi des émotions profondes, bien plus que le moment lui-même.

Le miroir qui me renvoie mon reflet n'arrive pas à la cheville d'une photographie. Chaque fois que je pose les yeux sur une image, elle me raconte une histoire différente. Elle me montre un détail que je n'avais pas vu, une émotion que je n'avais pas ressentie, une partie de moi qui était restée silencieuse.

Parfois, une simple photo de mon souper m'ouvre davantage l'appétit que l'assiette déposée devant moi.

Comme si la photographie appartenait à une autre dimension. Une dimension dont j'ai profondément besoin pour comprendre celle dans laquelle je vis.

Il fut un temps où je prenais des centaines de photos. J'avais plusieurs clés USB remplies de souvenirs. J'aimais les parcourir encore et encore, comme on relit un livre dont chaque lecture révèle un nouveau sens.

Le lien qui existe entre la photographie et mon cœur est difficile à expliquer. Tout ce que je sais, c'est qu'il est réel.

Récemment, je me suis retrouvé devant un feu de camp. Sur le moment, je ressentais un immense vide, sans réussir à lui donner un nom. Puis j'ai regardé la photo que j'avais prise. Et là, je l'ai vu. Ce vide était là, presque tangible. Comme si l'image avait réussi à capturer ce que je n'étais pas capable de reconnaître en direct.

Depuis, je regrette de ne plus photographier autant qu'avant.

Peut-être que mon feu intérieur brûlerait un peu plus fort si je prenais davantage le temps de capturer les instants qui méritent d'être conservés.

C'est peut-être un décalage

Je me suis toujours senti en décalage avec les autres.

Comme si je vivais légèrement à côté de mon propre corps, à côté de ma propre tête. J'observe le monde bouger autour de moi sans toujours comprendre le pourquoi de tout cela.

Certains diront qu'il n'est pas nécessaire d'avoir toutes les réponses.

Moi, j'en ai besoin.

Et bien souvent, je les trouve en contemplant mes photographies.

En revisitant un moment sous un autre angle, je découvre des liens que je n'avais jamais remarqués. Je comprends autrement. Je ressens autrement.

J'aime voir plus loin que ce que mes yeux peuvent saisir.

J'aime comprendre autrement.

J'aime remarquer ce qui m'avait échappé sur le moment.

Et peut-être que, finalement, je ne vois jamais aussi bien que lorsque mes yeux cessent de chercher.

Parce que ce que je vois vraiment, je le vois avec mon cœur.

Suivant
Suivant

Il y a des moments où l’on a le choix… mais au fond, on n’en a pas vraiment